logo


Martin Grangé expose au YCF jusqu’au 5 novembre

Embarqué dans une famille tellement parisienne que nous passions chaque été en Bretagne, les voiles ont toujours peuplé mon paysage. C’est depuis notre maison d’Erquy, petit vilage armoricain qui taille son nid dans le grès rose, que j’ai appris à connaitre ces falaises, ces pins, ces bateaux, et à les aimer.
Jeune étudiants en architecture, je me suis arrété sur ces lignes de Michel Foucault : « le bateau, c’est un morceau flottant d’espace, un lieu sans lieu, qui vit par lui-même, qui est fermé sur soi et qui est livré en même temps à l’infini de la mer qui, de port en port, de bordée en bordée, de maison close en maison close, va jusqu’aux colonies chercher ce qu’elles recèlent de plus précieux en leurs jardins.(…) Le navire, c’est l’hétérotopie par excélence. Dans les civilisations sans bateaux les rêves se tarissent, l’espionnage y remplace l’aventure, et la police, les corsaires ». Ses mots sont justes.

Je n’ai jamais eu le pied marin ; en cela, j’admire beaucoup mon père et mon frère, redoutables navigateurs, depuis toujours pour moi figures d’aventuriers formidables. Pour ma part, c’est depuis la cote qu’il me plaisait d’admirer les bateaux, et de rêver. Car quelle plus belle invitation au rêve, quelle plus adroite poésie que l’orchestre de ces coques fines ou lourdes, de ces voiles sereines ou épuisées, de ces mats guerriers et de cordes vigoureuses ?
Je peins les bateaux avec simplicité, comme je les regarde. J’invite à rentrer avec moi dans une contemplation paisible et sereine de ces voiliers. Ils nous parlent de gravité et de légèreté, d’ombre et de lumière, de souffle et de silence. Ils sont le monde.

Martin Grangé