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Le Prix du Conseil du Yacht Club de France

Le Conseil d’administration du Yacht Club de France a décerné son prix du Conseil 2014 à

Jean-Marie Postel
petit-fils de Marin Marie

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pour la restauration de Winibelle, le bateau de son grand-père qui fut membre du Yacht Club de France.

En 1932, le peintre Marin Marie achète un côtre aurique de 10m98 en cours de construction aux chantiers de la Liane à Boulogne sur Mer.

Il traverse l’Atlantique à bord de ce bateau de Douarnenez à New-York en un temps record pour l’époque de 64 jours, alors qu’Alain Gerbault, autre membre du Yacht Club de France avait traversé dix ans auparavant le même océan en 101 jours.

Winibelle est le premier bateau de plaisance à être classé Monument historique en 1984.

Ce prix du Conseil récompense Jean-Marie Postel pour la magnifique restauration de ce côtre aux chantiers Bernard de Saint-Vaast-la-Hougue, certifié Bateau d’Intérêt Patrimonial en 2009.
Cher Jean-Marie,

Vous êtes le petit-fils de Marin Marie qui a fait à bord de Winnibelle en 1933, à l’âge de 32 ans, une fantastique transatlantique en solitaire entre Douarnenez et New-York en passant par Funchal et Fort de France. Il est alors le second Français à se lancer dans l’aventure, dix ans après Alain Gerbaud.

Winnibelle, cotre aurique de 12 mètres hors tout, 60m2 de voilure au près et 15 tonnes, sortait de construction à Boulogne. Marin Marie le revendra peu de temps après sa traversée de l’Atlantique. Il reste dans nos mémoires comme un emblème du grand peintre et du grand marin. Il aura ensuite plusieurs propriétaires et sera en 1984 le premier navire de plaisance classé monument historique.

Vous apprenez en 1995 qu’il est à vendre et en mauvais état. Vous en faites l’acquisition pour entreprendre une rénovation majeure au chantier Bernard de Saint-Vaast-la Hougue, afin de le remettre en conformité avec ses plans d’origine. Il navigue à présent à partir de Granville, c’est-à-dire dans le « jardin maritime » de Marin Marie, centré sur l’archipel de Chausey.

Vous dites de vous n’aviez pas imaginé à quel point ce bateau, sur lequel vous aviez fait quelques bord avec votre grand-père en 1982, allait occuper votre vie. Quand on vous demande pourquoi, vous répondez « quand il y a plus que l’amour – et avec mon grand-père il y en avait – rien ne peut m’arrêter ».

Mais au-delà de votre engagement pour restaurer Winnibelle, vous rendez un magnifique hommage à Marin Marie et à son approche de la mer. Celle que le Yacht Club de France, dont il était un membre éminent, s’attache à promouvoir depuis près de cent cinquante ans et qu’il explique merveilleusement dans son livre « Vent dessus, vent dedans ».

Car il écrit la mer et le ciel comme il les peint. J’imagine qu’il devait être un remarquable conteur. On se délecte de ses réflexions toujours d’actualité sur l’amour de la mer, la navigation en solitaire et la sécurité, le routage et sur tant d’autres choses qui font son quotidien à la mer. On y trouve aussi des explications plus techniques sur le pilote automatique qu’il conçoit pour naviguer dans les alizés avec deux trinquettes jumelles tangonnées. Je ne peux m’empêcher de citer dans le texte ces quelques lignes consacrées à la pratique du sextant : …« J’ai tout essayé, à genoux, à cheval, accroupi, adossé, attaché. Mais alors les secousses sont bien trop brutales. Il est préférable, en fin de compte, de chatouiller la vis micrométrique par approximations successives et de se tenir élastiquement sur ses jambes en serrant fermement le sextant avec l’autre main. Le soleil passe sur l’horizon, trop haut, trop bas…il faut y mettre en peu de jugeotte et finalement… « top » ! Vous y êtes à peu près. Ce « top » là, il faudra s’en contenter » !

C’est tellement vrai !

Winnibelle est un magnifique relai de l’héritage de Marin Marie, tout comme les Pen-Duick le sont de celui d’Eric. Ce n’est pas un hasard. Ils éprouvaient d’ailleurs l’un pour l’autre, je crois, une véritable admiration. Marin était l’aîné d’Eric de trente années.

En notre nom à tous, un grand merci à vous, cher Jean-Marie, de nous faire partager d’aussi belle manière l’héritage intemporel de Marin Marie.

Yves Lagane

Président du Yacht Club de France